Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Notre parti, c'est Gourin

Les biotechnologies, un vivier d'emplois important pour la Bretagne

4 Janvier 2015, 16:53pm

Publié par Gilles Bolzer

Biotechnologies.

Un vivier d’emplois pour la Bretagne

par David Cormier

 

 

Depuis environ deux ans, la Bretagne est la troisième région de France en matière de biotechnologies, ces techniques qui partent du vivant pour en faire une industrie. Elle s’appuie beaucoup sur la mer et l’agroalimentaire. Une filière créatrice d’emplois, sans aller toutefois jusqu’à pouvoir remplacer, à moyen terme, les industries lourdes traditionnelles.

 

« On estime à 2.500 le nombre d’emplois dans les biotechnologies en Bretagne, en 2013, en nette progression depuis quelques années. Dans 250 entreprises, dont une cinquantaine ne font que cela », détaille Gilbert Blanchard, directeur de CBB-Capbiotek1.  

Les biotechnologies recouvrent une foule d’activités très diverses dont les domaines d’application se trouvent généralement dans la santé, la nutrition et les cosmétiques. Seules l’Ile-de-France et Rhône-Alpes (où se trouvent les grands groupes chimiques) dépassent la Bretagne en la matière.

Pour Rachel Portal-Sellin, chargée de mission au pôle mer Bretagne-Atlantique, « c’est un de nos six domaines d’action. Nous avons 200 projets labellisés depuis 2005, pour 610 millions d’euros. Parmi eux, 91 concernent les ressources biologiques marines, dont 40 purement de biotechs, avec 147 millions d’euros en recherche et développement. Le plus gros, c’est Olmix, à Bréhan (56). Ils travaillent sur la valorisation des algues, sur le bien-être et l’alimentation des animaux. » Une société au chiffre d’affaires de 65 millions d’euros l’an dernier, essentiellement à l’export.

 

Un environnement favorable

 

« Notre région travaille essentiellement sur les biotechnologies marines et agricoles. Nous nous appuyons sur des industries très développées ici comme l’agroalimentaire ou la thalasso », embraie Gilbert Blanchard.

« Tout cela part de la richesse naturelle de notre région avec la terre, la mer, leur faune, leur flore. Notre particularité est aussi qu’avant de se lancer, les Bretons prennent plus de précautions. Du coup, dans ce domaine, il y a un peu moins de créations ici qu’aux Etats-Unis, en Angleterre ou même en Rhône-Alpes mais elles sont plus pérennes. Le financement est aussi plus diversifié : fonds publics, entreprises, business angels, banques aussi maintenant, voire désormais le crowdfunding (le financement participatif) ».

La proximité géographique est essentielle au développement d'une filière de pointe, selon Maël de Calan, de ManRos Therapeutics, à Roscoff, adossée au CNRS. « Boston est devenue la Mecque des biotechs, comme la Silicon Valley, près de San Diego, pour les télécoms. Ils se sont tellement développés et regroupés là-bas qu'ils avancent à toute vitesse, en travaillant ensemble, en se croisant dans la rue... Dans notre domaine, ici, cela manque ».

 

Dispersion

 

Beaucoup d’entreprises de biotechnologies se sont créées près du littoral (surtout dans le Nord-Finistère et à Saint-Malo-Rennes). Faudrait-il qu’elles soient plus resserrées, sur un tout petit territoire ? Le fait que la région Bretagne s’implique davantage depuis un an pourrait favoriser cela. « Pour ma part, avec Skype, je travaille régulièrement avec des gens de Shanghaï ou d’Australie ! », tempère Gilbert Blanchard.

Les acteurs de la filière voient un autre frein à son développement. « Nous souffrons de la capacité de certains territoires à accepter les activités industrielles. Il ne s’agit pas que les gens se désintéressent de la protection de l’environnement mais il y a un équilibre à trouver », selon Rachel Portal-Sellin. « Il faut voir le rapport bénéfice-risque », quand il y a un risque réel.

La filière des biotechnologies est très prometteuse, y compris en termes d’emplois, mais aux profils majoritairement très qualifiés. « Le modèle n’est certes pas à faire de grosses usines mais il ne faudrait peut-être pas rester timides trop longtemps », nuance toutefois la chargée de mission au pôle mer.

Il faut aussi que les financeurs acceptent que la majorité des start-up qui se créent dans ce domaine meurent assez vite ; celles qui réussissent, qui ont exploré une voie qui aboutit à des mises sur le marché de médicaments, par exemple, peuvent générer alors beaucoup d’argent. La Bretagne ferait bien de ne pas rater ce virage. Elle paraît plutôt bien partie pour profiter de ses atouts.

 

EN COMPLÉMENT

 

Polymaris : de la molécule marine au produit cosmétique

 

Les biotechnologies, cela ne concerne pas que la santé. Chez Polymaris Biotechnology, à la pépinière d’entreprises de Morlaix, on fait essentiellement dans les cosmétiques. « Nous prélevons des micro-organismes dans la mer (sur des animaux, des rochers, des sédiments, dans l’eau) pour constituer une souchotèque », explique Anthony Courtois, président de la société, issu d’Ifremer, comme le directeur général de son entreprise, Bertrand Thollas.

« On sélectionne des molécules (les exopolysaccharides) que l’on fait se multiplier en laboratoire, chez nous. Puis nous en faisons une production industrielle ailleurs, en France et en Europe. Ensuite, nous les récupérons pour les sécher. »

 

Antirides, matifiants...

 

Cela donne un matériau à l’aspect de fibres cotonneuses. Codif International, à Saint-Malo, qui participe au financement de l’entreprise, les utilise dans la confection d’antirides immédiats, de produits pour une peau lisse et de matifiants. « En Asie, les gens demandent ces matifiants, qui captent le sébum. Cela empêche la peau de briller, surtout dans des pays chauds. Il faut aussi s’adresser à ce continent en plein développement », poursuit Anthony Courtois. Sans détruire la nature, Polymaris cherche à exploiter la biodiversité marine bretonne mais n’intervient pas, par exemple, sur le génome. « Nous ne sommes pas des écologistes proprement dit mais nous tenons à utiliser la nature sans l’abîmer. Nous prenons quelques organismes et c’est à terre que nous les développons à une échelle industrielle ».

 

Nutrition : Polaris a su prendre le créneau des omégas 3

 

Les oméga 3 ont fait leur trou. Ces acides gras excellents pour la santé cardio-vasculaire sont au cœur du travail de Polaris, créée à Pleuven, dans le Sud-Finistère, en 1994. Un pari réussi. La société emploie désormais 44 personnes sur trois sites de ce petit coin de Bretagne, dont un qui aura nécessité un investissement de douze millions d’euros en 2010.

Le chiffre d’affaires de la société se situe entre dix et vingt millions d’euros par an : la direction ne souhaite pas en préciser davantage.

« Nous utilisons la sardine et la tête de thon, également des têtes de crevettes au Québec pour des lipides et des protéines », détaille Stéphane Lozachmeur, un des deux associés avec Gildas Breton. « Nous valorisons des éléments qui ne sont pas utilisés, habituellement, par l’industrie agroalimentaire. Nous en extrayons un oméga 3 marin », précise-t-il.

« Nous le purifions et nous le concentrons ». Au bout du compte, c’est utilisé pour des margarines ou encore des cornflakes. »

Polaris a déposé un brevet « sur l’enrichissement naturel des huiles des poissons riches en acides gras Oméga 3 EPA et DHA, qui a suscité l’intérêt d’EPAX AS », une entreprise norvégienne, leader mondial dans son domaine. Un partenariat s’est établi.

Ces acides gras proviennent, au départ, des algues que mangent les poissons. « Nous travaillons aussi, désormais, sur les algues. Avec une commercialisation de produits à partir de mai », conclut Stéphane Lozachmeur.

 

http://www.letelegramme.fr/economie/biotechnologies-un-vivier-d-emplois-pour-la-bretagne-29-12-2014-10477693.php

1CBB-Capbiotek est une structure basée à Rennes, à la fois scientifique, d’aide administrative et de réseau, validée par un vote de la région Bretagne en décembre dernier. Le Centre de biotechnologies en Bretagne (CBB) avait été créé par l’Etat et la région en 1985. 

Commenter cet article